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le 15/01/2016

Améliorer l’autonomie des personnes handicapées pour favoriser leur intégration est pour nous un enjeu sociétal majeur du 21e siècle. Et le numérique ouvre un champ infini de possibilités. Alors quand on nous donne l’occasion de prendre la parole sur le sujet, on fonce !

Sylvain, c’est notre président. Mais c’est aussi le président de l’AFPAPH, l’Association française des professionnels pour l’accessibilité aux personnes handicapées. Et c’est à ce titre qu’il a été appelé le 16 décembre dernier à l’Assemblée Nationale dans le cadre de la consultation sur le projet de loi pour une république numérique. L’occasion de rappeler les enjeux du numérique pour les personnes ayant un handicap et faire quelques préconisations.

Interview :

Bonjour Sylvain, peux-tu te présenter et nous expliquer ce qu'est l'AFPAPH ?

Je suis associé du groupe Okeenea. Okeenea rassemble les sociétés EO Guidage et Univaccess pour apporter une approche globale de la mise en accessibilité pour les personnes handicapées. Nous allons du conseil à la mise en œuvre, en passant par la conception ou la qualification de solutions adaptées.

En mars 2014, j'ai été élu président de l'AFPAPH, l'association française des professionnels pour l'accessibilité aux personnes handicapées. L'AFPAPH a été créée en 2005 et compte aujourd'hui une trentaine de structures qui couvrent l’ensemble de la filière : bureaux d’études et de conseil, fabricants, installateurs, distributeurs et formateurs. En tant que président, j'ai pour mission de représenter les professionnels de l'accessibilité auprès des autres acteurs du domaine, et notamment des pouvoirs publics.

A ce titre, tu as été sollicité pour participer à la consultation sur le projet de loi pour une république numérique. Peux-tu nous dire en quelques mots quels en sont les grandes lignes ?

Le numérique et ses usages représentent un enjeu crucial du 21e siècle. Avec le projet de loi numérique, le gouvernement souhaite apporter un cadre. Cette loi a pour objectif de favoriser la libre circulation des données, organiser la protection des individus et garantir l'accès de tous à ces technologies. Ce qui est nouveau, c'est qu'avant de passer à l'Assemblée Nationale, le projet a été soumis au vote des internautes. Les contributions ont permis d'enrichir le texte et d'y ajouter près d'une vingtaine d'articles. Par exemple, dans la version initiale, il n'y avait rien concernant l'accessibilité aux personnes handicapées, un oubli que les associations comme la CFPSAA ont très vite dénoncé.

Ce nouveau texte est maintenant à l'étude dans les différentes commissions de l'Assemblée Nationale. Et c'est Hélène Geoffroy, députée rapporteur à la commission des affaires sociales qui a invité l'AFPAPH et les associations représentatives des différentes familles de handicaps pour entendre leurs préconisations.

En tant qu’expert dans le domaine de l’accessibilité, quel est ton point de vue sur tout ça ?

Plus encore que pour le reste de la population, le numérique représente une réelle révolution pour les personnes handicapées. Autonomie, accès à l’information, démarches administratives à distance, achats en ligne…, tout ce qui était encore inimaginable à la fin du 20ème siècle est désormais entré dans leur quotidien. Mais comme dans l’espace public, elles se heurtent à de nombreux problèmes d’accessibilité. On est à un tournant et il est impératif de faire un choix de société. A-t-on envie de laisser de côté 20% de la population ?

Pour moi, ce choix, seul le politique peut le porter. En France, on a toutes les compétences pour assurer l'accessibilité numérique mais on passe à côté faute de contraintes législatives. Ce qui est intéressant avec la digitalisation, c'est qu'elle ouvre la porte à l’hyper-personnalisation. Et c'est ce qui permet justement de s'adapter à la diversité humaine et donc à la singularité de chacun.

Par ailleurs, l’efficience des services passe par une meilleure connaissance des usages, d’où l’intérêt de pouvoir recueillir des données anonymisées. En cela, le projet de loi numérique est plutôt bien conçu. Du moment qu'on assure la protection des individus, le fait de pouvoir rassembler de grandes quantités de données permet de réaliser des études autrement plus précises et moins coûteuses que celles que l'on peut faire actuellement. C'est une aubaine pour mieux comprendre les besoins et développer des solutions qui y répondent.

Concernant l'accessibilité du web, et plus généralement de l'ensemble des services numériques, on s'aperçoit que ce n'est vraiment pas ancré dans les esprits. Pourtant, faire un site accessible ne coûte pas plus cher. Quand on part de la feuille blanche, c'est juste une manière différente de voir les choses.

Tu étais là pour formuler des préconisations au nom de l’ensemble des professionnels de l’accessibilité. Peux-tu nous les résumer ?

Premièrement : étendre au secteur privé l'obligation d'accessibilité des sites internet et applications mobiles. Dans le projet actuel, seul le secteur public est concerné. Or, tout comme les établissements qui reçoivent du public peuvent être publics ou privés, il en est de même pour les services en ligne. C'est aussi tout le secteur du commerce électronique qui est concerné. Les personnes handicapées sont pourtant les premières intéressées. Pour elles, le numérique permet de contourner les barrières physiques qu'elles rencontrent dans l'environnement urbain.

Deuxièmement : mettre à disposition l'ensemble des données concernant l'accessibilité des villes et des bâtiments sur une plateforme unique en open data. Ces données existent de plus en plus mais elles sont disséminées et il n'y a pas de réelle harmonisation. Leur libre accès par les utilisateurs concernés et les développeurs de services adaptés est essentielle.

Troisièmement : prévoir systématiquement une alternative sonore pour les captchas. Ça peut paraitre anecdotique mais pour les personnes déficientes visuelles, c'est un problème qui les bloque très régulièrement. Les captchas sont ces codes, parfois très difficilement lisibles, qui sont utilisés pour distinguer les utilisateurs humains des robots, par exemple sur les formulaires de contact.

Quatrièmement : imposer la prise en compte de l'accessibilité aux personnes handicapées dans tous les appels d'offres publics concernant le développement de sites internet, intranet, progiciels ou applications mobiles. Je me répète, ça ne coûte pas plus cher si on s'en occupe dès le départ. Le tout, c'est d'y penser. Alors, en l'incluant dans les AO, ça me semble être un bon moyen, du moins à condition de trouver les compétences. Et j'en viens à mon cinquième et dernier point.

Cinquièmement : imposer la formation à l'accessibilité dans tous les cursus de développeur. Je préconise aussi la création d'une plateforme en ligne pour mettre à disposition des fiches pratiques sur le sujet et permettre l'échange entre débutants et experts.

Espérons que toutes ses préconisations seront suivies ! En conclusion, peux-tu nous dire quelques mots sur l’actualité de l’AFPAPH ?

La priorité reste de structurer la filière de l'accessibilité en France. En ce début 2016, de nombreux Ad'AP ont été déposés mais on est encore loin de la totalité. L'accessibilité est un domaine complexe qui implique une maîtrise du contexte réglementaire et normatif d'une part, mais aussi, et je devrais dire surtout, des usages et des techniques. En tant que professionnels qualifiés, nous jouons un rôle central dans la mise en accessibilité de notre pays. Les questions de formation, d'éthique et d'industrialisation du processus global restent au cœur de nos préoccupations.

L'AFPAPH aura un stand sur le salon Urbaccess les 22 et 23 mars à Paris Expo Porte de Versailles. C’est l’occasion pour nous de dialoguer avec tous les acteurs du domaine.